Journée d'étude Théâtre et nations
Journée d’étude organisée par Laure Alexandre (Université Paul-Valéry), Myriam Boileau (UQAM) et Yves Jubinville (UQAM)
Lieu Propice (J-M500), Pavillon Judith-Jasmin (UQAM, niveau métro)
Mercredi 29 octobre 2025
Le théâtre entretient, depuis l’essor des États-nations au 19e siècle, un rapport étroit avec les collectivités nationales. Tantôt critique, tantôt propagandiste, la scène fait écho aux événements qui traversent leur histoire, met en scène les aspirations de son peuple et les forces qui, de l’intérieur ou de l’extérieur, entravent ou propulsent sa marche vers la souveraineté. Le cas du théâtre québécois est souvent cité en exemple où, depuis l’après-guerre (1945), de nombreuses œuvres racontent cette histoire aux accents parfois glorieux, parfois douloureux, parfois honteux. « Petites nations » parmi les grandes (États-Unis, France, Grande-Bretagne), le Québec s’y révèle à travers des événements et des figures emblématiques ou ordinaires, réels ou fictifs, cultivant la mémoire du spectateur ou ravivant la flamme de son engagement.
Cette journée d’étude se veut une occasion de réinvestir cette thématique dans le contexte contemporain où le lien à l’institution de la nation a changé et alors que le territoire du Québec abrite une pluralité de cultures théâtrales et nationales. Sur ce plan, la comparaison avec d’autres petites nations s’impose. En Écosse et en Catalogne, la vie du théâtre bat au rythme des soubresauts de la politique, ce qui inspire depuis quelques années des amitiés, des curiosités et des collaborations entre artistes des deux côtés de l’Atlantique.
Que comprendre de soi, de la nation et du rôle de la culture dans le miroir que nous tendent ces « autrui significatifs »? Seront présents à cette journée des spécialistes de la dramaturgie, des artistes et un expert en relations internationales qu’intéresse encore et toujours la « question nationale ».
Cet événement est rendu possible grâce au soutien du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) et de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM.
Pour consulter le programme, c’est par ici.
Appel à contributions | Colloque 2026
50 ans de recherche théâtrale au Québec et au Canada francophone
10-12 juin 2026 | Université McGill, Montréal
En 2026, les études théâtrales au Québec et au Canada francophone célèbrent un moment charnière : plus de cinquante ans de recherche et de réflexion autour du théâtre et des arts vivants au sein de son association phare, la Société québécoise d’études théâtrales (SQET). C’est l’occasion idéale de revisiter l’évolution de ces études, d’explorer les pratiques qui ont façonné leur développement et de réfléchir à leurs trajectoires dans un monde où la pluralité des voix et des approches ne cesse d’enrichir le champ théâtral, mais où les institutions qui l’encadrent semblent plus fragiles que jamais.
Depuis les premières étapes de recherche théâtrale menée au sein de l’association, marquées par un accent particulier sur l’histoire du théâtre québécois, jusqu’aux approches plus contemporaines qui intègrent la recherche-création et les nouvelles pratiques performatives, l’interdisciplinarité et l’intermédialité, les études théâtrales au Québec et au Canada francophone ont toujours été un terrain dynamique, en constante réinvention. Pourtant, malgré des avancées considérables, il reste tout de même des angles morts dans la recherche théâtrale au Québec tels le théâtre francophone au Canada, le théâtre québécois d’expression anglaise, la question de la diversité et de l’inclusion et même celle des scènes autochtones qui, pour avoir récemment suscité des recherches plus conséquentes, n’en a pas moins longtemps été presque totalement ignorée. Nous souhaitons ouvrir l’espace à des réflexions qui questionnent l’évolution des études théâtrales, de même que les frontières du champ de la recherche et des pratiques qui s’y rapportent.
Ce colloque invite les chercheur·se·s, artistes et praticien·ne·s à prendre part à un dialogue pour faire le point sur plus d’un demi-siècle de recherche au Québec et au Canada francophone, en interrogeant non seulement les avancées des études théâtrales dans ses multiples dimensions (théoriques, historiques, critiques, créatives), mais aussi les zones d’ombre et les défis à venir. Nous nous joignons ainsi aux efforts déployés par Hervé Guay et Yves Jubinville qui préparent de leur côté, en avril 2026, un événement intitulé « Les études théâtrales en question : critique, recherche, création et enseignement. Autour de Gilbert David » et au groupe SQET50 dirigé par Claudia Blouin et Nicole Nolette qui publiera les résultats d’un projet de recherche sur l’évolution des études théâtrales au Québec à travers l’histoire de la SQET dans un dossier de la revue Percées prévu pour 2027.
Pour sa part, le colloque de la SQET accueillera des propositions de communication, de séance, de séminaire ainsi que des performances, conférences-démonstrations, etc., abordant tant les avancées que les angles morts et les défis à venir des études théâtrales au regard des orientations suivantes :
Institution théâtrale et contextes de formation (historiographie, méthodologie, théorie et sociabilité institutionnelle : sociétés, revues, colloques, programmes, etc.).
Itinéraires artistiques et savants (études de cas ou études comparatistes; parcours individuels ou collectifs de compagnies, d’artistes, d’artistes-pédagogues, de chercheur·se·s).
Mouvements esthétiques et écoles de pensée en arts du spectacle.
Relations entre les études et les pratiques théâtrales au Québec et le reste du monde.
Modalités de soumission
Nous invitons les chercheur·se·s, les enseignant·e·s, les étudiant·e·s, les artistes, les archivistes, les critiques et les membres de la communauté théâtrale – au sens large – à soumettre des propositions de communication (max. 300 mots) en français ou en anglais, accompagnées d’un titre, d’une courte biobibliographie (150 mots) et mentionnant tout besoin particulier, au plus tard le 15 décembre 2025, à l’adresse info.sqet@gmail.com
Modalités de présentation
Pour respecter la tradition de recherche en français dans laquelle s’inscrit la SQET, les communications en anglais devront être accompagnées d’un résumé en français fourni, par exemple, sous la forme d’un feuillet distribué aux personnes qui assistent à la séance ou diffusé grâce à une présentation PowerPoint.
Comité scientifique
Véronique Basile Hébert (UQAM)
Claudia Blouin (U. Laval)
Pauline Bouchet (U. Grenoble Alpes)
Hervé Guay (UQTR)
Erin Hurley (U. McGill)
Nicole Nolette (U. de Waterloo)
Marie-Eve Skelling Desmeules (UQAC)
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Call for Papers
50 Years of Theatre Research in Quebec and Francophone Canada
June 10-12, 2026 | McGill University, Montreal
In 2026, theatre studies in Quebec and Francophone Canada will celebrate an important milestone: more than fifty years of research and reflection on theatre and performance within its flagship association, the Société québécoise d’études théâtrales (SQET). This milestone presents a perfect opportunity to revisit the evolution of theatre studies in Quebec and Francophone Canada, to explore the practices that have shaped their development, and to reflect on their trajectories in a world where a plurality of voices and approaches continues to enrich the field, but where its very institutions seem more fragile than ever.
From the early stages of theatre research conducted within the association, marked by a focus on the history of Quebec theatre, to more contemporary approaches that integrate research-creation or new performative practices, interdisciplinarity or intermediality, theatre studies in Quebec and Francophone Canada have always been a dynamic field, one in a constant process of reinvention. Despite considerable progress, however, notable gaps remain within theatre research in Quebec. These include French-language theatre practices in Canada, English-language theatre in Quebec, questions of diversity and inclusion, and even Indigenous performance, which, despite having recently attracted more substantial research, has long been almost completely ignored. We wish to open up space for reflections that consider the evolution of theatre studies in Quebec and Francophone Canada, as well as the boundaries and practices of this field of research.
This conference invites researchers, artists, and practitioners to take stock of more than half a century of research in Quebec and French-speaking Canada, examining not only advances in theatre studies in its many dimensions (theoretical, historical, critical, creative), but also its shortcomings and the challenges that lay ahead. We join the efforts of Hervé Guay and Yves Jubinville, who are preparing an event in April 2026 entitled “Theatre Studies in Question: Criticism, Research, Creation, and Teaching. Around Gilbert David” and of the SQET50 research group led by Claudia Blouin and Nicole Nolette, that will publish a special issue of the journal Percées (scheduled for 2027) on the evolution of theatre studies in Quebec through the history of the SQET.
For its part, the 2026 SQET conference welcomes proposals for papers, sessions, seminars, performances, workshops, etc., that address both the advances and challenges of theatre studies in Quebec and in Francophone Canada in relation to the following themes:
Theatre institutions and training contexts (historiography, methodology, theory, and institutional sociability: societies, journals, conferences, programs, etc.).
Artistic and scholarly trajectories (case studies or comparative studies; individual or collective trajectories of companies, artists, artist-educators, researchers).
Aesthetic movements and schools of thought in theatre and performance.
The relationships between theatre studies and practices in Quebec and the rest of the world.
Submission guidelines
We invite researchers, teachers, students, artists, archivists, critics, and members of the theatre community—in the broadest sense—to submit proposals for papers (max. 300 words) in French or English, accompanied by a title, a short biobibliography (150 words), and any special requirements, no later than December 15, 2025, to: info.sqet@gmail.com
Presentation guidelines
In keeping with the SQET’s tradition of research in French, presentations in English must be accompanied by a summary in French, to be displayed, for example, in a PowerPoint presentation or to be provided in the form of a handout distributed to attendants.
Scientific Committee
Véronique Basile Hébert (UQAM)
Claudia Blouin (U. Laval)
Pauline Bouchet (U. Grenoble Alpes)
Hervé Guay (UQTR)
Erin Hurley (McGill)
Nicole Nolette (U. of Waterloo)
Marie-Eve Skelling Desmeules (UQAC)
Ondinnok a 40 ans : le wampum de la continuité
Colloque académique
Le colloque Ondinnok a 40 ans : le wampum de la continuité se tiendra au Musée McCord Stewart les 22, 23 et 24 octobre 2025.
La compagnie de théâtre autochtone montréalaise Ondinnok célèbre cette année son 40e anniversaire, et ce colloque est l'occasion de faire le point sur sa contribution essentielle au développement du théâtre autochtone, et plus largement des arts autochtones au Québec, et ailleurs dans les Amériques. Des participant·e·s en provenance du Québec, du Canada, des États-Unis et de la France se réunissent à cette occasion, autour des acteur·trice·s principaux·ales que sont Yves Sioui Durand, Catherine Joncas et Dave Jenniss, afin de présenter des communications et une table ronde sur la trajectoire d'Ondinnok et sa contribution unique et exceptionnelle dans le monde théâtral et autochtone. Toute personne intéressée peut réserver sa place sur le site du Musée McCord Stewart.
Les informations sont disponibles sur le site de la compagnie Ondinnok.
Les informations sont également disponibles sur le site du Musée McCord Stewart, où l'on peut aussi réserver une place.
Bourses d'études et d'appui
Pour l’année universitaire 2025-2026, la SQET offrira une bourse de maîtrise et une bourse de doctorat, toutes deux d’une valeur de 1000$. Il est également possible de soumettre une demande de bourse d’appui pour un projet de recherche-création ou de mobilité.
La Bourse de maîtrise récompense annuellement un∙e étudiant∙e inscrit·e à la maîtrise dont le projet porte en majeure partie sur le théâtre ou son enseignement, en recherche ou en création.
La Bourse de doctorat récompense aux deux ans un∙e étudiant∙e inscrit·e au doctorat dont le projet porte en majeure partie sur le théâtre ou son enseignement, en recherche ou en création.
Une Bourse d’appui pour un projet de recherche-création ou de mobilité peut être demandée par les étudiant·e·s de 2e et de 3e cycles pour soutenir un projet de recherche-création ou de mobilité. (Les étudiant·e·s qui en font la demande ne doivent pas déjà avoir reçu une bourse d’études pour le même projet.)
Pour plus d’informations sur les bourses, les éléments du dossier à soumettre et les critères d’évaluation, consultez notre site Web. Un document d’appui à la rédaction d’une demande de bourse est disponible sur celui-ci.
Vous pouvez dès maintenant, et jusqu’au 15 novembre 2025, envoyer vos dossiers de candidature à info.sqet@gmail.com
Membres honoraires 2024-2025
Chaque année, la SQET a l'immense bonheur de nommer un·e membre honoraire et de lui offrir un hommage rempli de reconnaissance pour sa contribution au milieu théâtral. Lors de notre dernier colloque, Hervé Guay a livré un touchant témoignage à Igor Ovadis en tant que membre honoraire pour l’année 2024. N’ayant pu le recevoir lors de la cérémonie des prix du dernier colloque annuel pour une question de disponibilité, il nous a fait plaisir de souligner son nouveau titre le 5 juin 2025. Au cours de la même soirée, riche en émotions, Francis Ducharme a également honoré Lucie Robert, notre nouvelle membre honoraire 2025.
Nous vous invitons à lire leurs mots ici!
Igor Ovadis (2024)
C’est une tradition chère à la SQET d’honorer des personnalités qui ont marqué les études théâtrales au Québec et de le faire en alternance pour les théoricien·ne·s et les praticien·ne·s. Cette année, on m’a confié la tâche d’honorer un homme de théâtre dont nous souhaitons souligner la carrière remarquable. Et j’ai nommé monsieur Igor Ovadis.
Sa nomination en tant que membre honoraire de la SQET me tient particulièrement à cœur puisque j’ai pu assister à ses premiers pas sur les scènes montréalaises et qu’il a fait partie d’un mouvement qui a profondément transformé l’esthétique scénique au Québec. La revue Jeu a qualifié lapidairement de « décennie russe » cette vague migratoire. Mais on sait que ce mouvement touchait l’ensemble des pays de l’Est de l’Europe, une région de la planète dont l’apport aux arts de la scène a de tout temps été considérable. J’ose cependant affirmer qu’au sein de ce groupe d’artistes arrivé·e·s au Québec dans les années post Perestroïka, Igor Ovadis occupe une place à part.
Pour la petite histoire, Larissa et Igor Ovadis sont venu·e·s au Québec pour la première fois à Jonquière au cours de la Semaine mondiale de la marionnette à la fin des années 1980. La première manipulait, tandis qu’Igor faisait des voix, écrit Michel Vaïs dans le numéro 90 de la revue Jeu en 1999. Cette voix est reconnaissable entre toutes et nous avons appris à en aimer l’accent et les intonations au fil des productions théâtrales et audiovisuelles. C’est le premier fait d’armes de M. Ovadis que j’aimerais célébrer aujourd’hui que celui d’avoir réussi à imposer ce français mâtiné de russe dans une foule de personnages et de répertoires qui ne se limitaient pas aux seuls individus issus de l’immigration. Il a ainsi contribué à faire voler en éclats l’attitude d’un public qui ne tolérait que la belle diction française dans le répertoire et l’accent québécois des quartiers populaires dans la dramaturgie locale.
Pour ma part, j’ai découvert Igor Ovadis au moment de mes débuts comme critique de théâtre au quotidien Le Devoir au milieu des années 1990 avec l’Association des acteurs russes de Montréal et le Théâtre Deuxième réalité. Je me rappelle quel vent de fraîcheur c’était que de voir toute cette belle gang mettre en scène et jouer en anglais et en français sur les scènes petites et grandes de Montréal. Je ne peux m’empêcher d’en nommer quelques-un·e·s, je pense qu’Igor Ovadis a travaillé avec la plupart d’entre eux·elles : Anna Varpakhovskaïa, Valentina Komolova, Marina Lapina, Maria Monachova, Larissa Ovadis, Peter Batakliev, Vitaly Makarov, Oleg Kisseliov, Gregory Hlady, Grigori Ziskin, Alexandre Marine, Vladimir Ageev et tant d’autres. « Grands artistes, petits moyens » titrait un article de Jeu. On ne peut mieux synthétiser ce qu’il·elles ont réalisé en très peu de temps, avec beaucoup d’efforts pour s’acclimater à une nouvelle culture qui ne leur a pas fait de cadeaux!
Toutefois, à ma connaissance, aucun·e dans ce groupe n’a réussi à élargir autant son cercle qu’Igor Ovadis, par exemple en nouant des liens avec des jeunes de la relève comme Catherine Vidal pour qui il a joué et Serge Mandeville avec qui il a fondé la compagnie Absoluthéâtre. Il a aussi travaillé dans des compagnies établies comme le Théâtre Denise-Pelletier, le Quat’sous, le Rideau Vert et le Prospéro. Me reviennent en tête des productions mémorables où il jouait comme Le songe de l’oncle de Dostoïevski qu’il avait aussi mis en scène, Au bout du fil d’Evelyne de la Chenelière, Le suicidaire de Nicolaï Erdmann, 28 28 d’Alexandre Marine ou encore L’Énéide d’Olivier Kheimed. C’est à dessein que j’énumère ce mélange d’auteur·trice·s russes, latins et québécois·e·s, auxquel·le·s s’en ajoutent bien d’autres. Cette énumération prouve qu’Igor Ovadis nous a à la fois aidé·e·s à approfondir notre connaissance de la littérature russe et a participé à inventer la dramaturgie d’ici, en créant, dans les deux répertoires, des personnages attachants et excentriques, étonnamment charnels sans jamais cesser d’être poétiques.
Cet hommage ne serait pas complet si je ne mentionnais pas l’apport de cet artiste immense à la formation des acteur·trice·s du Québec à titre de professeur au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. J’ai d’ailleurs nommé tout à l’heure quelques-un·e·s de ses ancien·ne·s étudiant·e·s avec qui il collabore toujours. Il vient d’ailleurs de prendre une retraite méritée de son poste de professeur de jeu après avoir passé une trentaine d’années à y enseigner. Quelle chance ont eu ses étudiant·e·s de pouvoir apprendre auprès d’un tel maître!
Je vais terminer mon allocution par la fin en y allant d’informations biographiques plus générales. Né à Kiev, en Ukraine, en 1952, Igor Ovadis étudie à l’École supérieure d’art dramatique, de musique et de cinéma de Leningrad de 1969 à 1973. Il travaille sur les scènes grandes et petites de l’Union soviétique avant de s’installer à Montréal en 1990. À partir de là, tout son parcours est celui d’un artiste inspirant qui a su se faire une place dans le milieu sélect du théâtre à force de travail et de fantaisie, tout en conservant une hauteur de vue et des exigences artistiques élevées. Mais cher M. Ovadis, vous avez aussi su démontrer la flexibilité qu’il fallait comme acteur pour gagner votre vie. C’est ce qui vous a permis d’aborder de manière personnelle tant de formes et de répertoires. En vous accueillant comme membre honoraire, la SQET désire reconnaître votre apport à votre milieu théâtral d’adoption mais aussi votre engagement dans cette communauté, sans lequel le terme « diversité » resterait un vain mot. En terminant, au nom de la SQET, je vous remercie, Monsieur Ovadis, de tout ce que vous avez accompli pour le théâtre du Québec!
Hervé Guay
Lucie Robert (2025)
Aujourd’hui, la Société québécoise d’études théâtrales accueille Lucie Robert comme membre honoraire. Elle confirme son apport incomparable à nos champs de recherche. Ce n’est pas sans me sentir de nouveau intimidé, par l’ampleur de ses accomplissements, que j’accepte, avec ce discours, d’en être votre témoin et porte-parole.
J’aurais aimé être physiquement avec vous au Saguenay, pour la teneur symbolique d’honorer ici même cette femme, native de Jonquière, devenue une grande professeure. Je rédige ces mots entre deux contrats, à titre de chercheur pigiste pour le milieu théâtral et chargé de cours. Je travaille avec passion dans ses traces, en analyse de textes dramatiques et en histoire québécoise du théâtre. Je l’ai connu à l’âge de 20 ans dans son cours de Dramaturgie québécoise, à l’hiver 2005… J’étais très impressionné par elle, par sa prestance et par son érudition! Elle a ensuite été ma directrice de maîtrise puis ma directrice de doctorat, jusqu’à ma soutenance, en 2015. C’est pendant ma rédaction de thèse que j’ai commencé à découvrir ses travaux et que j’ai lu le livre issu de sa propre thèse, L’institution du littéraire au Québec. Ce livre demeure fondateur pour penser et mettre en récit notre histoire culturelle d’un point de vue sociologique québécois.
Sociologue de la littérature cosignant le collectif La littérature comme objet social (2018), Lucie Robert est aussi une grande historienne. Elle a collaboré à d’immenses chantiers, notamment ceux des ouvrages en plusieurs tomes La vie littéraire au Québec et le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, en plus de nombreux autres ouvrages de référence aux vertigineuses ambitions d’exhaustivité. Ces connaissances extensives et ce souci d’avoir tout lu ou inventorié sont rares et admirables en soi.
Mais Lucie Robert ne s’y limite pas. Elle assume sa responsabilité institutionnelle à 100 %. Elle choisit stratégiquement des sujets sur lesquels elle publie également des analyses ou des observations théoriques d’une grande densité. L’institution, c’est aussi nous, dans toutes nos recherches, dès les toutes premières prises de parole publiques, dès nos toutes premières sélections d’œuvres à étudier, alors que nous sommes en si petit nombre! Voilà une leçon qu’elle a su me faire comprendre… non sans une certaine résistance de jeunesse de ma part! Pour elle, consacrer un livre à la pièce en un acte dans le premier tiers du 20e siècle, par exemple, répond à un besoin de nuancer les éloges de la modernité des œuvres choisies comme fondatrices du répertoire national. Cette chercheuse a aussi choisi de contribuer à une historiographie de la place des femmes dans le milieu théâtral et en littérature dramatique par des travaux de longue haleine, qui infléchissent le grand récit des figures paternelles. Je me limite à deux exemples : sa recherche sur la carrière d’autrice d’Yvette Ollivier Mercier-Gouin et sa brillante analyse transversale, sur le « passeur de récit » chez Carole Fréchette.
Elle est aussi une vulgarisatrice exemplaire et une pédagogue efficace pour défendre ce qui lui tient à cœur. Son court texte pour la revue Jeu « Théâtre et féminisme au Québec » (2005) en est un bon exemple. Avec sa grande concision, il demeure un outil pertinent en classe 20 ans plus tard. Je retiens cette phrase qu’elle me répétait pendant ma rédaction de thèse : « Trop d’arbres cachent la forêt. » Faire très long peut diluer l’essentiel et le rendre invisible. Les publications les plus fortes de Lucie Robert pour leur teneur théorique sont aussi très concises. Je pense en particulier à deux courts textes de théorie du vernaculaire dans la dramaturgie québécoise, « La langue du théâtre » en 1997 et, celui au titre fameux, « La langue est la métaphore de l’histoire », en 1998. Malheureusement, la version initiale longue (et néanmoins brillante) de ces travaux a seulement été éditée en langue anglaise, en 1995.
Parmi les exploits de Lucie Robert, notons sa couverture de l’actualité de la littérature dramatique grâce à la chronique qu’elle a tenue à la revue universitaire Voix et Images pendant plus de trente ans, de 1985 à 2021. C’est dire à quel point elle a été fidèle à la dramaturgie tout au long de sa carrière universitaire. Depuis son intronisation comme historienne à la Société des Dix, elle continue aussi, pour notre plus grand plaisir, de publier abondamment en histoire du théâtre.
En terminant, je peux témoigner du fait que non seulement Lucie Robert fut une professeure exceptionnelle, structurée et structurante, mais aussi une des plus grandes chercheuses en théâtre que le Québec ait connu. À titre personnel, je tiens à dire que ses grandes idées, théoriques, son engagement à l’égard de la profession universitaire, son intégrité et sa sensibilité continuent de m’inspirer. Je crois d’ailleurs que si la SQET l’honore aujourd’hui, c’est que nous sommes tous·te·s convaincu·e·s qu’elle est susceptible d’en inspirer beaucoup d’autres et qu’elle constitue un modèle en particulier pour ceux et celles qui arrivent aux études théâtrales par le biais de la littérature. Merci, Lucie, pour tout ce que tu as fait pour les études théâtrales!
Francis Ducharme