Appel à communications
Traces des arts vivants au Québec et au Canada francophone
Colloque conjoint SQET/CRCCF
Université d’Ottawa, 8-11 juin 2023
Le théâtre est un art vivant, un art de l’éphémère. Et pourtant il laisse des traces, des empreintes qui marquent son passage et qui, sans permettre la reconstitution du spectacle, suscitent l’attention d’un grand nombre de personnes et d’institutions (Denizot, 2014). Ces traces délimitent ce qui a été, ce qui se fait, ce qui n’est plus, ce qui est toujours possible. Dans le cadre du colloque conjoint de la Société québécoise d’études théâtrales (SQET) et du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), nous souhaitons explorer et réactualiser les traces de l’écologie théâtrale, que ce soit en interrogeant leur nature et leurs formes, leur production, leurs fonctions et contributions, leur réception et utilisation, ainsi que leur gestion et conservation. Autant d’axes dans lesquels peuvent s’inscrire les propositions :
Leur nature et leurs formes : textes, archives, témoignages, images, enregistrements, captations, artefacts, décors, costumes, accessoires, traduction, annotation et les souvenirs, les émotions, les savoirs ou les désirs que ces traces peuvent susciter;
Leur production : en recherche-création, en création ou en méthodologie, au regard de situations d’accompagnement, de formation; d’édition de pièces de théâtre et de créations scéniques; « boîtes chorégraphiques numériques »; mise en forme de captations; émergence de traces de projets en cours; création de sa propre tradition; création et transformations de nos traces personnelles, collectives, artistiques;
Leurs fonctions et contributions : l’intérêt pour la mémoire du spectacle, l’héritage, le récit, l’histoire et l’historiographie; la mise en contact avec de nouveaux publics; l’intégration des traces dans la création et dans l’enseignement du théâtre; la transmission du legs dans différents contextes; l’impact des traces personnelles et collectives sur l’identité; la contribution des traces ou des archives au savoir; la pluralisation des savoirs (savoir, savoir-faire, savoir-être, savoir-vivre-ensemble);
Leur réception et utilisation par les spectateurs et les chercheurs : comment les chercheurs font de la recherche dans les archives? Quels sont les enjeux de ce point de vue?
Leur gestion et conservation : du point de vue du créateur, du producteur, de l’archiviste ou du conservateur; l’engagement de l’ensemble des intervenants pour la conservation pérenne des traces. Comment assurer la conservation des traces de l’ensemble de l’œuvre théâtrale y compris leur contexte d’écriture, de création pour la scène, leur production sur scène et leur réception lecturale ou spectatoriale? Comment rendre disponibles les documents pour la recherche, la production et la diffusion tout en respectant le caractère éphémère de la discipline?
Le colloque accueillera des communications individuelles, des tables rondes, des séances de groupe, de même que des ateliers et des spectacles en nombre limité, selon les besoins et la disponibilité des ressources.
Les propositions, comprenant un descriptif (maximum 250 mots) et une présentation biographique (maximum 150 mots), doivent être envoyées à info.sqet@gmail.com au plus tard le lundi 5 décembre 2022.
Comité organisateur
Miriam Cusson, Département de théâtre, Université d’Ottawa;
Louise Frappier, Département de théâtre, Université d’Ottawa;
Lucie Hotte, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes, Université d’Ottawa;
Nicole Nolette, Département d’études françaises, Université de Waterloo;
Marie-Eve Skelling Desmeules, Département des arts, des lettres et du langage, Université du Québec à Chicoutimi.
Journées d’études et d’ateliers
Avec l'autre qu'humain. Penser, agir et écrire les coprésences
La Société québécoise d'études théâtrales est très heureuse de vous transmettre cette invitation à assister (et pourquoi pas, à participer!) aux lumineuses journées d'études et d'ateliers Avec l'autre qu'humain. Penser, agir et écrire les coprésences.
Plusieurs membres du groupe de travail Arts vivants et écologie au Québec (AVEQc) de la SQET auront le bonheur de participer à l'atelier inaugural de ces journées.
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« [I]l n’y a aucune manière d’habiter qui ne soit d’abord et avant tout "cohabiter" » écrit Vinciane Despret dans son ouvrage Habiter en oiseau. Dans nos pratiques littéraires et artistiques, comment peut-on exprimer l’enchevêtrement insaisissable qui nous unit aux divers agents, familiers ou non, qui nous entourent? Comment danser avec les abeilles, raconter un amour interspécifique, (ré)écrire la forêt boréale?
Ces journées d’études et d’ateliers visent à réfléchir aux modalités de création, d’analyse et de réception de la cohabitation avec l’autre-qu’humain – présences animales, végétales, minérales, matérielles – en littérature et en arts vivants. Les cohabitations effectives – la scène partagée avec d’autres matérialités – et imaginées – le texte comme espace de connectivités inventées ou resémiotisées – seront prises en compte. L’activité, qui réunira dans une structure déhiérarchisée des écrivain·e·s, des artistes, des chercheur·se·s et des étudiant·e·s de 2e et 3e cycles, accueillera à la fois des démarches de recherche et de recherche-création.
Tous les ateliers sont ouverts au public : il est possible de s’y engager activement ou simplement d’y assister sans participer.
Au plaisir de vous y voir!
Organisation : Johanna Bienaise (Département de danse), Catherine Cyr et Jonathan Hope (Département d’études littéraires).
Dates : 29 et 30 septembre 2022
Lieu : LAVI / Laboratoire Arts Vivants et Interdisciplinarité, local K-2340, Département de danse de l’UQAM, 840 rue Cherrier, 2e étage
Pour plus d'informations et pour la programmation complète, cliquez ici.
Membres honoraires 2022
La Société québécoise d'études théâtrales est fière d'annoncer ses membres honoraires pour l'année 2022!
Par la remise d'un titre de membre honoraire, la SQET vise à souligner une contribution significative à l'évolution et au rayonnement de la scène artistique et/ou du milieu académique en théâtre au Québec.
Nous partageons aujourd'hui l'hommage réservé à Catherine Joncas et à Yves Sioui Durand. Félicitations!
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Merci à la Société québécoise d’études théâtrales (SQET) de me permettre de dire quelques mots – non savants mais bien sentis – sur les fondateur·trice·s d’Ondinnok, Catherine Joncas et Yves Sioui Durand.
On me dit souvent que je suis la maman d’Ondinnok – on pourrait presque dire la grand-mère –, car ma première rencontre avec Catherine Joncas et Yves Sioui Durand a eu lieu en 1983 et Ondinnok n’était pas encore né.
Tout a commencé avec le work in progress du Porteur des peines du monde, présenté en 1983 au colloque « 450 ans après? ». Je travaillais à la programmation artistique qui était réservée aux autochtones. Ce fut un choc pour moi de voir ce rituel et c’est surtout le regard des ainé·e·s sur cette performance qui m’a fascinée. Les sages sur place étaient intrigué·e·s et ému·e·s. On venait de voir quelque chose d’unique sur le terrain du Lac Delage. La suite l’a confirmé.
Peu de temps après cette rencontre, les deux artistes ont déménagé à Montréal près de chez moi et au fil du temps, l’amitié s’est tissée solide. En 1985, le premier FTA – Festival de théâtre des Amériques – voyait le jour. Je les ai encouragé·e·s à présenter leur projet. Ondinnok fut créé et la suite est passée à l'histoire : le prix de l’Américanité pour Le porteur des peines du monde. Depuis cet honneur, la pièce a fait le tour de la planète.
J’ai collaboré plus de 20 ans avec Ondinnok – je dois préciser que j’étais dans le milieu de la chanson à titre d’agente d’artistes. Auprès de Catherine et de Yves, j'ai dû faire mes classes pour découvrir et comprendre un peu la culture autochtone. Un monde s’ouvrait : la nature, la forêt, les roches, les rivières, les corbeaux, la tortue, la spiritualité, en somme un écosystème où tout était relié.
On ne veut plus entendre : LA TERRE M’APPARTIENT
MAIS J’APPARTIENS À LA TERRE.
Pendant des années, j’ai dû justifier devant des collègues et ami·e·s qui ne comprenaient pas ce que je faisais avec un théâtre autochtone. La promotion de cette compagnie n’était pas de tout repos. Tant auprès des journalistes que du grand public. Difficile aussi de rejoindre les communautés mais quand les femmes atikamekws de Manawan ont demandé à Ondinnok de faire quelque chose avec elles pour contrer la violence, cette compagnie de théâtre trouvait une de ses raisons d’être et les choses allaient changer.
Une des forces de ce couple est de s’entourer de collaborateur·trice·s de haut calibre – et de divers milieux artistiques et cela dès le début : par exemple Michel Ducharme chanteur d’opéra, Michel Smith compositeur de musique contemporaine, Fred Messier jeune metteur en scène, Guy Simard aux lumières et maintenant à l’Opéra de Montréal.
Yves Sioui Durand a su moderniser avec respect un corpus de culture immémoriale inconnu du grand public.
Il·elle·s ont travaillé avec les premiers peuples de l’Amérique du Sud dans une perspective pan-amérindienne. C’était d’une audace et d’une grande originalité.
Catherine et Yves ont œuvré à la formation des jeunes artistes que l’on voit arriver aujourd’hui sur nos scènes de plus en plus. ENFIN!
Je crois que leur persévérance sans borne aura été leur atout majeur. Dans une semi-retraite aujourd’hui, il·elle·s continuent de parrainer des projets innovateurs.
En terminant, je veux remercier le professeur Jean-Francois Côté qui a réuni et édité les écrits théoriques, poétiques et polémiques de Yves Sioui Durand dans la collection « Américana » des Presses de l’Université Laval.
Tout comme Clément Cazelais, un collaborateur, professeur de théâtre et ami, je suis heureuse et fière de voir Catherine Joncas et Yves Sioui Durand nommé·e·s membres honoraires 2022 par la SQET.
Lucienne Losier
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C’est un honneur pour moi de souligner la remarquable contribution de Yves Sioui Durand et de Catherine Joncas depuis tant d’années à la renaissance du théâtre autochtone au Québec, au Canada et dans toutes les Amériques. Il·elle·s ont œuvré à l’édification du théâtre amérindien mais aussi, par leur implication, au développement d’autres sphères du domaine artistique : poésie, cinéma, littérature, entre autres.
Auteur·trice·s dramatiques, poète·sse·s, metteur·e·s en scène, comédien·ne·s, cinéastes et réalisateur·trice·s. Grand·e·s voyageur·se·s, à bord de leur canot, il·elle·s ont remonté et redescendu les rivières du Québec, du fleuve jusqu’à Fort Georges, vers l’est, vers l’ouest, du nord au sud. Il·elle·s ont emprunté les routes des ancêtres pour recueillir les témoignages et les espoirs des communautés des Inuits du cercle polaire jusqu’aux communautés de la Terre de feu, en Patagonie. Des œuvres marquantes de leur répertoire ont pris racine dans les récits mythologiques, artistiques et culturels de ces peuples plusieurs fois millénaires. Ils ont su faire jaillir l’appartenance commune des fondements culturels des peuples fondateurs des trois Amériques et faire mentir la soi-disant grande découverte de Christophe Colomb. Dans les faits, ce Colomb a découvert qu’il y avait de vieilles civilisations déjà là avant lui. Depuis plus de 35 ans, Yves et Catherine sont de la race des pionnier·ère·s qui se sont attelé·e·s à la tâche de constituer, par l’art du théâtre, une autohistoire amérindienne tant souhaitée par l’auteur huron Wendat Georges E. Sioui. Cette autohistoire va maintenant à une vitesse pleine d’espoir. Les Autochtones ont le vent dans les voiles, dit-on, mais le combat pour la vérité n’est pas terminé, pour une réconciliation authentique; il ne fait que commencer.
N’étant pas Amérindien moi-même, j’ai pris fait et cause pour le cheminement artistique professionnel d’Ondinnok si caractéristique dans sa recherche d’une authenticité du propos et de sa traduction dans des formes toujours renouvelées et d’avant-garde. Depuis les années 1990, Ondinnok est devenu ma maison. J’y suis entré à de multiples reprises, sur invitation, bien sûr, et pour des projets chaque fois différents. Ce qui m’a touché le plus dans leur démarche, c’est l’énergie puissante à vouloir former les jeunes artistes autochtones au monde de l’art et de voir l’art authentique surgir de leur être profond. Bravo pour cet engagement et surtout pour les résultats concrets pour transformer les mentalités dans toute la société canadienne et québécoise par le chemin de l’art vers la réconciliation entre nos peuples.
Clément Cazelais
Prix André G. Bourassa
Le prix André G. Bourassa récompense la meilleure communication ou démonstration présentée dans le cadre du colloque de la SQET. Nous sommes très heureuses d’annoncer que la SQET décerne, cette année, ce prix à Geneviève Bélisle pour sa communication ayant pour titre Aller vers l’autre malgré le vertige.
Portant sur ses recherches doctorales suivant les polémiques culturelles et Robert Lepage, cette communication se distingue par la complexité et l’intérêt des questions posées, par la cohérence de l’argument, par la qualité d’expression, par l’originalité de l’approche qui réunit la création et la recherche et surtout par le dynamisme de l’intervenante.
Geneviève Bélisle a présenté un questionnement sur son rapport à l’altérité en recherche-création et sur les impasses qu’elle a vécues en essayant de créer un spectacle en lien avec les communautés autochtones. Se penchant sur le défi entre la sensibilité à l’appropriation d’une culture dominée et l’autocensure, entre la reconnaissance de sa propre position en tant que l’Autre et l’importance de prendre la parole dans la polémique entourant les spectacles Slâv et Kanata, l’autrice cherche, en tant que chercheuse et créatrice, non pas à se positionner dans un camp ou dans l’autre, mais à créer une rencontre artistique basée sur le respect de l’identité de chaque actant.
Évoquant un retour vers soi, vers l’histoire qu’elle a apprise et qu’on lui a enseignée, vers la transmission des savoirs qu’il faut interrompre et décoloniser, Bélisle discute de son propre « vertige » lors de son exploration des pistes théoriques et méthodiques à suivre. Grâce à une démonstration captivante, elle a mis en scène sa propre réflexion sur son enfance et sur le rôle de ses parents (et leurs semblables) chargés de raconter, à leur insu, l’histoire des ‘Indiens’ de la perspective du colonisateur à des élèves fascinés et devenus complices. Ce faisant, elle a témoigné d’une problématique incarnée ouvrant sur une piste de recherche vertigineuse, hautement personnelle, et d’une valeur scientifique et artistique exceptionnelles.
Au nom du comité de sélection et de la Société québécoise d’études théâtrales, nous la félicitons sincèrement et nous l’encourageons vivement à continuer de contribuer à l’avancement de la recherche théâtrale québécoise!
Nicole Nolette
Présidente de la Société québécoise d’études théâtrales
Marie-Eve Skelling Desmeules
Vice-présidente et responsable du comité des prix de la Société québécoise d’études théâtrales
Prix du/de la chercheur·se émergent·e
Chaque année, la Société québécoise d’études théâtrales décerne le Prix du/de la chercheur∙se émergent∙e en études théâtrales de l’année. Ce prix est offert, alternativement, en fonction de la meilleure thèse doctorat ou du meilleur mémoire de maîtrise ayant été soutenu au cours des deux années précédant (et incluant) l’année d’attribution du prix (dans ce cas-ci 2022).
Nous sommes très heureuses d’annoncer que la SQET décerne, cette année, ce prix à Sophie Devirieux qui a complété en 2021 un doctorat en littérature comparée, option Études littéraires et intermédiales, à l’Université de Montréal. Sa thèse a pour titre Politiques de la scène : une analyse comparative des scènes contemporaines de théâtre entre Montréal et Berlin. Son objectif général est « de comprendre par quelles stratégies les artistes – principalement les metteurs et les metteuses en scène – prennent position au moyen d’une production théâtrale » (p.2) dans la société. Sa thèse, ancrée dans trois discipline (les études théâtrales, les études intermédiales et la littérature comparée), met en relation les scènes berlinoise et montréalaise en fonction d’analyses de spectacles ("Le NoShow" (2013) du collectif Nous Sommes Ici et du théâtre du Bunker, "Fear" (2015) de Falk Richter, "100% Montréal" (2017) de Rimini Protokoll, "Macbeth" de Shakespeare monté en 2016 par Angela Konrad, "Ein Volksfeind" de Henrik Ibsen monté en 2012 par Thomas Ostermeier et "Dans la République du bonheur" de Martin Crimp monté en 2015 par Christian Lapointe).
Les membres du jury tiennent à souligner les analyses des représentations et les analyses dramaturgiques que cette thèse met de l’avant ainsi que la réflexion critique rigoureuse qui en émerge. Le comité félicite également la chercheuse pour l’attention portée à l’examen des conditions historiques et politico-économiques des pratiques théâtrales abordées. Comme le fait valoir l’évaluation de son jury de thèse, « rares sont les thèses en études théâtrales qui adoptent une approche critique mariant philosophie politique et économique. Les réflexions menées par la chercheuse sont ambitieuses et comblent un manque dans le champ du théâtre contemporain ». L’imposante bibliographie, soigneusement présentée, est aussi d’une grande pertinence pour tout∙e chercheur∙se en études théâtrales.
Au nom de la Société québécoise d’études théâtrales, nous la félicitons sincèrement et nous l’encourageons vivement à continuer de contribuer à l’avancement de la recherche théâtrale québécoise!
Cordialement,
Nicole Nolette
Présidente de la Société québécoise d’études théâtrales
Marie-Eve Skelling Desmeules
Vice-présidente et responsable du comité des prix de la Société québécoise d’études théâtrales