Membre honoraire et prix de la SQET

Membre honoraire 2026

Maureen Labonté


Par la remise d’un titre de membre honoraire, la SQET vise à souligner une contribution significative à l’évolution et au rayonnement de la scène artistique ou du milieu académique en théâtre au Québec. Cette année, la SQET souligne la contribution à l’évolution et au rayonnement de la scène artistique : celle de Maureen Labonté.

J’ai eu l’occasion de croiser Maureen Labonté dans le cadre des deux activités professionnelles où elle a fait, selon moi, une contribution très significative : la traduction théâtrale et l’appui à la dramaturgie.

Dans une annexe portant sur la dramaturgie québécoise en traduction qu’on peut trouver dans l’ouvrage Le théâtre contemporain au Québec, 1945-2015 : essai de synthèse historique et socio-esthétique, publié en 2020, Alexandre Cadieux signale que Linda Gaboriau a assuré le plus grand nombre de traductions de cette dramaturgie vers l’anglais et, qu’à « sa suite, Shelley Tepperman (24 titres [...]) et Maureen Labonté (34 textes répertoriés, dont Soon I’ll Write a Play About Ghostwriters de Jean-François Caron et Little Monster de Jasmine Dubé) comptent parmi les principaux relais de la dramaturgie québécoise vers les publics anglophones. » (p. 551) Maureen Labonté a traduit différents genres de théâtre : le théâtre jeune public de Suzanne Lebeau et du Théâtre des Confettis dans les années 1980, Le Bourgeois gentilhomme de Molière, et des textes de Julie Vincent, de Marthe Mercure et de Jasmine Dubé dans les années 1990. Dans les années 2000 et 2010, elle accélère le rythme de ses traductions : des textes de José Pliya, Jean-Frédéric Messier, Patrice Dubois, Olivier Choinière, Marie-Josée Bastien, Pascal Brullemans, Michel Nadeau, David Paquet, Dominick Parenteau-Lebeuf, Lise Vaillancourt, Olivier Kemeid, Étienne Lepage et Guillaume Lapierre Desnoyers passent sous sa plume.

Sur toutes ces années de traduction du théâtre québécois, le travail de Maureen Labonté témoigne d’une attention particulière aux dramaturgies franco-ontarienne et acadienne. Elle traduira ainsi des œuvres d’Herménégilde Chiasson, de Jean Marc Dalpé, de Michel Ouellette et de Marcel-Romain Thériault, contribuant de ce fait à leur diffusion en anglais à Ottawa, Calgary, Toronto ou Moncton. Le critique du Calgary Herald l’explique ainsi : « Maureen Labonte’s [superb] translation, which retains the flavour of the original French[,] allows the actors an authentic rhythm and phrasing in their speech, without resorting to accent. » (« Natural August sparkles on stage; French play benefits from superb translation ») Elle fait du mentorat auprès de traducteurs et traductrices, dirigeant les formations en traduction au Playwrights Workshop Montreal, ainsi que la résidence de traduction Bill Glassco.

La contribution de Maureen Labonté à la compréhension de la dramaturgie au Québec est également exceptionnelle. Elle œuvre comme conseillère dramaturgique dans le milieu du théâtre de création au Canada et au Québec depuis plus de trente ans. Elle a travaillé avec des auteur·trice·s sur des projets dans de grandes institutions (Centre National des Arts, festivals de Stratford et Shaw) ainsi que dans des théâtres de création à Ottawa, Toronto, Calgary, Vancouver et ailleurs au pays. De 2003 à 2011, elle a été responsable du Banff Playwrights’ Colony, une résidence pour auteur·trice·s dramatiques au Banff Centre en Alberta. Maureen Labonté enseigne depuis plusieurs années à l’École nationale de théâtre et y a travaillé à temps plein de 1993 à 2002. Elle occupe une position unique au sein de ces nombreuses institutions, où elle a travaillé autant en français qu’en anglais : elle est non seulement bilingue, mais biculturelle. Elle connaît autant le théâtre de langue française que le théâtre de langue anglaise.

Comme conseillère dramaturgique ou dramaturg, elle est reconnue pour sa méthode, que Paul Lefebvre a appelée « la méthode à Maureen ». Pour Paul Lefebvre, il s’agit d’une méthode systématique, par laquelle quel que soit le travail d’interprétation à faire – au jeu, à la mise en scène, à la scénographie –, il faut lire un texte et le décortiquer pour déjouer les opinions toutes faites qu’on pourrait avoir ou les raccourcis intellectuels malvenus. Quand on aborde pour la première fois un texte de théâtre, par exemple, il faut le lire sans interrompre la lecture; s’il y a un entracte, il faut prendre l’entracte avant de reprendre la lecture. Maureen Labonté prend au sérieux le temps du théâtre qui s’inscrit dans la dramaturgie. Il s’agit véritablement d’une méthode attentive de lecture qui demande de faire une sorte de représentation graphique de la pièce, ce qui permet de voir les enjeux de temporalité au théâtre et les personnages en jeu.

La pratique de dramaturg de Maureen Labonté est considérée comme exemplaire à l’échelle internationale : on la trouve détaillée dans les ouvrages de Judith Rudakoff et Lynn M. Thomson Between the Lines: The Process of Dramaturgy (2002), paru chez Playwrights Canada Press, et Dramaturgy in the Making: A User’s Guide for Theatre Practitioners (2015) de Katalin Trencsényi, paru chez Bloomsbury.

Par la remise d’un titre de membre honoraire à Maureen Labonté, la SQET souligne donc sa contribution significative à l'évolution et au rayonnement de la scène artistique en théâtre au Québec. Toutes nos félicitations à Maureen!

Nicole Nolette

Prix du meilleur ouvrage

Nicole Nolette, Traverser Toronto : récits urbains et culture matérielle de la traduction théâtrale


Le livre Traverser Toronto : récits urbains et culture matérielle de la traduction théâtrale de Nicole Nolette a été sélectionné par la SQET pour le prix du meilleur ouvrage portant sur le théâtre québécois, ou canadien d’expression française, publié au cours des trois dernières années (2023, 2024, 2025)! Félicitations!

Le comité, formé de sept membres de la SQET, a basé sa sélection sur la qualité scientifique (pertinence/contribution de l’ouvrage; rigueur de la démarche; originalité de la démarche et des analyses; profondeur du contenu et des résultats; cohérence et clarté de l’argumentation; qualité des sources), de même que sur la qualité de la présentation (format général et visuel; structure; qualité et clarté du vocabulaire).

En sélectionnant Traverser Toronto : récits urbains et culture matérielle de la traduction théâtrale pour ce prix, les membres du jury tiennent à souligner la recherche immense que l’ouvrage déploie, à travers des réflexions pointilleuses, précises et rigoureusement documentées. L’analyse du travail de John Van Burek et d’Anne Nenarokoff-Van Burek, ainsi que la mise en valeur de plusieurs pratiques de traduction au féminin dans la ville de Toronto ont suscité l’enthousiasme du comité, tout comme l’a fait la section exceptionnelle sur le surtitrage, donnant lieu à une contribution majeure pour les études théâtrales. L’hybridité méthodologique de l’ouvrage paraît aussi porteuse que stimulante, et la mise en page favorise une lecture aisée malgré la densité de la réflexion qui y est mise en jeu.

Par ce prix, la SQET est heureuse de mettre en lumière cet ouvrage phare dans le domaine du théâtre!

Mention spéciale

Catherine Joncas et Yves Sioui Durand, Ondinnok : le désir secret de l’âme


Le livre Ondinnok : le désir secret de l’âme  de Catherine Joncas et Yves Sioui Durand se voit décerner une mention spéciale dans le cadre du concours du prix du meilleur ouvrage!

Le comité d’évaluation du prix a été hautement interpellé par la réflexion sensible mise en mouvement à travers cet ouvrage. L’influence du travail d’Ondinnok sur le développement du théâtre autochtone au Québec tel qu’on le connaît aujourd’hui est indéniable, et est magnifiquement mis en mots et en images grâce aux illustrations de Kaia’tanó:ron Dumoulin Bush. La méthodologie de l’ouvrage privilégie les relations, la présence à l’autre et une réactivation des savoirs autochtones (Wendat, en particulier), à travers une pensée hémisphérique unique en son genre. Contribution exceptionnelle aux études théâtrales en ce qui a trait aux pratiques autochtones, l’ouvrage a suscité de riches conversations au sein du comité. De ces discussions naîtra un chantier de réflexion traitant de la place, au sein de ce concours, des ouvrages qui résistent aux définitions plus strictes de scientificité, valorisant plutôt des savoirs incarnés et des approches moins académiques.

Par cette mention spéciale, la SQET est heureuse de mettre en lumière cet ouvrage phare dans le domaine du théâtre!  

Prix du/de la chercheur·se émergent·e

Claudia Blouin

Chaque année, la SQET décerne le prix du/de la chercheur·se émergent·e en études théâtrales. Ce prix est offert, alternativement, en fonction de la meilleure thèse de doctorat ou du meilleur mémoire de maîtrise ayant été soutenu au cours des deux années précédant (et incluant) l’année d’attribution du prix (dans ce cas-ci 2026).

La SQET décerne, cette année, ce prix à Claudia Blouin, en lien avec sa thèse ayant pour titre Scène d’un devenir-avec la laine : recherche-création interartistique vers une écriture scénique de la transformation

Par ce prix, nous tenons à mettre en lumière sa contribution au domaine par un travail original interartistique (arts de la scène et arts plastiques) abordant la création sous l’angle de la matérialité. Le comité de sélection a été sensible au choix singulier du matériau, laine avec laquelle Claudia Blouin entretenait déjà un rapport artisanal. Il souhaite saluer son audace d’avoir réalisé elle-même ses œuvres : il s’agit d’un savoir artisanal bien ancré qui se transforme en travail artistique de qualité, puisqu’il s’inscrit dans des connaissances théâtrales où les corps et les voix s’entremêlent.

À l’approche heuristique, tout à fait appropriée pour ce type de recherche, s’ajoute une modélisation systémique « vers une forme rhizomatique du maillage ». L’argumentation, appuyée sur les nouveaux matérialismes, les théories de l’attention et de l’agentivité ainsi que le concept du devenir-avec, est structurée et convaincante. La lecture de la thèse, modèle pour les travaux à venir en recherche-création, permet d’ailleurs de saisir les riches nuances du processus de création et du maillage entre la pratique et la théorie.

Nous tenons également à souligner, parallèlement à son projet doctoral, son dossier exemplaire en ce qui a trait à l’engagement dans le domaine. Le jury a été impressionné par ses nombreuses implications contribuant à faire évoluer et rayonner le milieu théâtral.

Au nom de la SQET, nous la félicitons sincèrement et nous l’encourageons vivement à continuer de contribuer à l’avancement de la recherche théâtrale québécoise!

Mentions spéciales

Enzo Giacomazzi, Geneviève Bélisle et
Julie-Michèle Morin 

Étant donné l’année exceptionnelle et la si grande qualité des dossiers ayant été reçus cette année, le comité de sélection tient à mettre le travail de trois chercheur·se·s en lumière par des mentions spéciales en lien avec le prix du/de la chercheur·se émergent·e!

Menée sous forme d’enquête, la thèse d’Enzo Giacomazzi, intitulée Chemin de pèlerin et mythe de l’écrivain : enquête sur le projet poéthique de Wajdi Mouawad, fait preuve d’ingéniosité et sort des sentiers battus, comme l’a soulevé l’un des membres du jury. Tout à fait exemplaire, elle témoigne entre autres d’un engagement de l’auteur, « guidé par son intuition », et d’une capacité à partager sa passion pour son sujet même, le « projet poéthique de Wajdi Mouawad ». L’auteur de la thèse est entraîné dans une forme de pèlerinage « en quête du double bouleversement de Mouawad (bouleverser les gens et un peu les transformer » (397), soulevant cette question : « Face à l’aveuglement et aux manques de son existence, comment l’écriture de Mouawad se constitue-t-elle en un dogme salvateur? » (397). 

Le comité tient également à souligner la thèse de Geneviève Bélisle, intitulée Le théâtre pour favoriser la rencontre entre Autochtones et non-Autochtones, qui contribue grandement au domaine des arts vivants et des études théâtrales par un travail portant sur un sujet d’actualité d’une si grande importance, bien qu’il soit difficile à traiter, à savoir le dialogue entre artistes allochtones et ceux des Premières Nations. La chercheuse l’a d’ailleurs fait avec une grande sensibilité, de même qu’en fonction d’une méthodologie inventive qu’est l’enquête sous forme de récit et le va-et-vient constant entre le terrain de la pratique et celui de l’analyse relevant de l’histoire, de la sociologie et de l’ethnographie. Au cœur de sa thèse, la pièce Vertiges constitue aussi un précieux matériau mémoriel pouvant être lu dans la perspective des études patrimoniales.

Enfin, la thèse de Julie-Michèle Morin, ayant pour titre Enquêtes diffractives et dramaturgies intra-actives : les agents robotiques dans les arts vivants autres qu’humains, menée en cotutelle entre l’Université de Montréal et l’Université d’Anvers, se distingue par l’importance et l’originalité de son sujet, ainsi que par son approche extrêmement novatrice de la problématique des rapports entre les arts vivants et les nouvelles technologies. Le jury a été impressionné par l’ampleur de ses connaissances dans les disciplines concernées, par sa remarquable capacité de synthèse et par sa grande maîtrise des concepts théoriques mobilisés dans l’analyse. De plus, cette thèse extrêmement rigoureuse se démarque par la qualité de son écriture, qui rend accessible un sujet complexe aux ramifications multiples.

Les membres du jury souhaitent également souligner, parallèlement aux projets doctoraux de ces candidat·e·s d’exception, l’excellence de leur parcours académiques et leurs diverses implications dans le domaine, contribuant à faire évoluer et rayonner le milieu théâtral.

Prix André G. Bourassa

Jeanne Murray-Tanguay 

La SQET décerne le prix André G. Bourassa pour l’année 2026 à Jeanne Murray-Tanguay! Ce prix récompense la meilleure communication ou démonstration présentée dans le cadre du colloque annuel de la SQET.

Le comité a été sensible à la qualité de sa communication, intitulée « Chantiers du radiothéâtre : écouter avec Renée Legris », qui s’est notamment démarquée par l’utilisation d’archives sonores nous faisant entendre la voix de Renée Legris en plus de celles de différentes personnes interviewées. Ces archives furent intégrées de manière impeccable dans un récit qu’elle a su finement déplier tout au long de sa prise de parole. Les photos et documents partagés de manière complémentaire dynamisaient également l’aspect visuel de la présentation.

Si la communication n’a pas mis en évidence de démarche scientifique en approfondissant une problématique claire et en déclinant les approches méthodologiques, les membres du comité sont d’avis qu’elle est d’un intérêt certain sur le plan historiographique, contribuant à mettre en lumière le travail d’une chercheuse importante dans le développement des études théâtrales au Québec. Durant les discussions suivant la présentation, Jeanne Murray-Tanguay a mobilisé sa connaissance des bulletins Théâtralités et des archives de la SQET, ce qui s’est avéré particulièrement utile pour enrichir les conversations. Son aisance à présenter son travail et à interagir lors de la période d’échanges contribue aussi à la grande qualité de son apport au colloque 2026 de la SQET! 

Au nom du comité de sélection et de la SQET, nous la félicitons sincèrement et nous l’encourageons vivement à continuer de contribuer à l’avancement de la recherche théâtrale québécoise!

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Programme officiel | Colloque 2026